CE AFP – bilan 2009-11 : L’AFP et la publicité : les mauvaises fréquentations

 

En avril 2008, j’ai rédigé pour le syndicat SNJ-CGT de l’AFP une saisine du Conseil supérieur de l’Agence concernant la possibilité pour celle-ci de récolter directement des recettes publicitaires. (Le texte soumis au Conseil peut être téléchargé à partir de la page d’accueil de mon site personnel).

vidéos AFP YouTube Bernard Thibault
Des captures d’écran de vidéos AFP recueillies sur «YouTube». En haut, une vidéo montrant le dénuement des civils piégés par la guerre au Sri-Lanka, en avril 2009. Incrustée sur l’image, une publicité pour un régime de perte de poids «africain». Au centre, la version anglaise d’une interview de Bernard Thibault par l’AFP le 23 septembre 2010 ; le nom du dirigeant syndical est dissimulé par une publicité pour un plan de retraite privée pour riches expatriés.
 Enfin, la vidéo d’une interview du cinéaste Claude Lelouch, en février 2010, est incrustée d’une réclame d’un groupe de la droite américaine qui cherchait à l’époque à contrer les réformes du système de santé américain du Président Barack Obama.

La plainte, qui a malheureusement été rejetée par le Conseil, invoquait d’une part un point de principe – la dépendance par rapport aux recettes publicitaires est de nature à influencer le contenu des services de l’agence, violant de ce fait l’Article 2 de son Statut – et d’autre part un argument commercial : en accaparant des recettes publicitaires qui normalement iraient vers ses clients, l’AFP fragilise sa propre logique de grossiste, sciant en quelque sorte la branche sur laquelle elle est assise. Autre argument de poids : étant notoirement cycliques, les recettes publicitaires ne constituent pas une base satisfaisante pour assurer la pérennité d’un grand organe de presse.
Malgré l’échec de la saisine, j’ai continué à m’opposer, au CE, aux contrats sans cesse plus nombreux qui lient les recettes commerciales de l’AFP aux revenus publicitaires.
Particulièrement emblématiques, pour ne pas dire choquantes à mes yeux, sont les images publicitaires qui accompagnent dorénavant les vidéos AFP qui sont livrées gratuitement aux internautes sur des sites tels que «YouTube» et «DailyMotion». (exemples ci-contre et plus loin).
En préparant le CE du 24 septembre 2010, en pleine tempête de la réforme des retraites en France, je suis tombé sur un exemple particulièrement parlant, que j’ai tenu à évoquer lors de la réunion (cf. images ci-contre) :
DS : « Sur le contenu de l’information, qui semble toujours oublié dans les débats techniques sur la livraison de l’Information, sur Internet, j’ai sous les yeux un exemple, que j’ai imprimé en quelques exemplaires. C’est la vidéo des manifestations sur les retraites faite en anglais par l’AFP. Comme nous le savons, l’AFP fournit gratuitement des vidéos au grand public sur YouTube, et dans la version anglaise de cette vidéo, qui n’est pas passée dans les pages en français de l’AFP sur YouTube, on voit des publicités s’incruster sur l’image. Sur l’image de Bernard Thibault qui parle à l’AFP, on voit une publicité Google pour des plans de retraites destinés aux expatriés «off-shore». Ne sommes-nous pas en train de dénaturer l’information ? »
…/…
Emmanuel HOOG : « Je regrette ce cas. Nous regarderons comment cela s’est produit et nous veillerons à ce que ça ne se reproduise pas. Mais il y a un point que je voudrais relever dans votre propos. Ce n’est pas qu’une affaire commerciale, et il y a parmi mes interlocuteurs beaucoup de gens qui sont sensibles à l’idée que l’Agence doit avoir une dimension grand public. »
La suite, au CE du 20 octobre 2010 (cf. aussi le compte-rendu SUD de cette réunion) :
DS : « La dernière fois, je vous ai montré une capture d’écran d’une vidéo AFP sur YouTube avec une publicité pour des retraites privées «offshore» incrustée sur une interview de Bernard Thibault. Vous avez répondu que vous alliez essayer de comprendre comment cela s’était produit et que vous alliez veiller à ce que cela ne se reproduise pas. J’ai l’impression que rien n’a changé, mais je voulais savoir ce qu’il en était. »
Malgré la déclaration de M. Hoog, à notre connaissance rien n’a été fait pour enquêter ni sur la présentation de la vidéo de Bernard Thibault, ni sur les nombreux autres exemples de «liaisons dangereuses» entre l’AFP et les recettes publicitaires.
Ce recours croissant aux recettes publicitaires pour financer des contenus livrés gratuitement par l’AFP sur Internet n’est hélas pas nouveau : depuis longtemps les contrats qui lient l’agence à certains grands sites tels que Yahoo comportent une part variable qui dépend de la pub.
Mais cette politique prend un relief particulier sous la présidence d’Emmanuel Hoog, qui a fait de la livraison de produits AFP directement au grand public un de ses chevaux de bataille.
Il est également piquant de remarquer que l’exposé des motifs de la proposition de loi Legendre sur le Statut de l’AFP (mai 2011), contient la mise au point suivante :
«…toute perspective de mise à disposition d’une information en français, à titre gratuit, par l’AFP auprès du grand public, en France, semble incompatible avec sa qualité d’agence de presse définie par l’article 1er de l’ordonnance du 2 novembre 1945 dans les termes suivants : « sont considérées comme agences de presse, au sens de la présente ordonnance, les organismes privés qui fournissent aux journaux et périodiques, des articles, informations, reportages, photographies et tous autres éléments de rédaction et qui tirent leurs principales ressources de ces fournitures ». De plus, l’article 3 de l’ordonnance précitée interdit explicitement la fourniture d’information à titre gratuit par une agence de presse aux journaux et périodiques.
«En outre, la mise en place par l’AFP d’un accès gratuit à l’information rédigée en français au bénéfice du grand public en France pourrait impliquer un éventuel financement publicitaire pour les investissements et le fonctionnement de ce fil. Or, l’AFP n’a pas vocation à recevoir des recettes publicitaires, en vertu de l’article 3 de l’ordonnance précitée qui dispose que « les agences de presse ne peuvent se livrer à aucune forme de publicité en faveur des tiers ».
J’espère que lors d’une prochaine réunion du Comité d’entreprise, le PDG précisera sa pensée sur ces questions – et donnera également sa réponse à la question que j’ai posée lors de la réunion du 24 septembre 2010.

Ci-dessous, quelques autres exemples de « mélange des genres » dans la présentation des vidéos AFP sur Internet:

AFP vidéo avec publicités

Capture d'écran du 12 décembre 2010 : une vidéo AFP fournie gratuitement sur YouTube est accompagnée d'un bandeau publicitaire "Soyez la plus belle" et d'un grand encart vantant le divorce à bas prix

Vidéo AFP attentat Karachi, pub voyages vers Hong Kong

Capture d'écran de novembre 2010 : une vidéo AFP sur un attentat à Karachi est affublée d'un bandeau publicitaire pour les voyages vers Hong-Kong et d'un encart pour un service de paris sur Internet

 

Vidéo Paris Modes AFP mascara Givenchy

Un autre exemple de "liaisons dangereuses" entre l'AFP et la publicité : une vidéo "Paris Modes" diffusée en 2007 sous le logo de l'agence a pour but de vanter les mérites d'un "nouveau mascara révolutionnaire"


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CE AFP : bilan 2009-11 : Facebook et l’opossum qui louche

Emmanuel Hoog considère le lancement par l’AFP de pages «Facebook» en français et en anglais comme une initiative stratégique. Sans forcément condamner l’initiative en tant que telle, je ne suis d’accord ni avec son caractère stratégique ni avec la formule choisie pour la lancer. Je l’ai dit lors de cette même réunion du 16 décembre 2010, prenant comme exemple la présentation dans la page «Facebook» de l’agence d’une photo animalière insolite :
«Vous avez plusieurs personnes qui sont maintenant mobilisées pour entretenir des pages sur Facebook et Twitter. Est-ce que ces personnes se sont penchées sur le cas de l’opossum du zoo de Leipzig qui louche ? 17 internautes «aiment» cette photo ! Ce sont des produits qui sont revus non seulement par le desk multimédia, mais aussi par une personne à la rédaction en chef ainsi que par la rédaction en chef en tant que telle ! Je ne dis pas que c’est inintéressant pour l’AFP de publier la photo de l’opossum qui louche… Mais qu’on ait des gens chargés de gérer les échanges avec les internautes ; le premier dit « il est en train de pousser », le deuxième dit « il est en train de chier ! », un autre demande combien il pèse… Est-ce que l’AFP – qui intervient ici en tant qu’Agence France Presse – va poster un message pour dire « l’opossum pèse tant » ? Parmi les 17 personnes qui «aiment» cette photo, il y en a une qui l’aime tellement qu’elle a copié l’image pour en faire l’icône de son profil Facebook. C’est permis ou ce n’est pas permis ? En tout cas, quel est le but ? Cette histoire de Facebook …/… n’a rien à voir avec la stratégie de l’AFP. Ce ne sont pas les gens qui fréquentent Facebook qui vont acheter les produits de l’AFP.»
Sur ces questions, cf. également le compte rendu SUD daté du 21 décembre 2010.

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CE AFP – bilan 2009-11 : Le multimédia et la logique des desks texte

La réunion du 11 février 2011 a vu un premier échange sur une «expérimentation» lancée par la direction – sans consultation préalable des instances représentatives – afin de faire fabriquer certaines rubriques du Journal Internet non plus au sein du Desk multimédia, mais sur les desks «texte» généralistes.
Voici ce que j’ai déclaré à ce sujet, sur la base d’un texte présenté par la direction :
« Cette expérience comme vous l’appelez est fortement contestée, ce qui tend à montrer que l’expérience elle-même aurait dû faire l’objet d’une information-consultation du Comité d’entreprise, tout simplement. Moi, quand je lis votre texte, je relève tout de même des paradoxes : vous rappelez que le groupe de travail a préconisé la mise en place d’un pôle d’édition multimédia, dans un texte dont le but est de faire éclater ce pôle, tel que je le comprends…/… D’après votre propre texte, vous parlez d’une activité qui représente aujourd’hui 7% du chiffre d’affaires. Vous mettez comme toujours l’accent sur la croissance de ce chiffre, mais cela reste 7%, pas 30% ou 40%. Vous dites «un mouvement naturel de rapprochement de la production filaire et multimédia». Pourquoi ce mouvement serait-il « naturel » ? Rien de ce dont nous parlons n’est naturel. Il n’est écrit nulle part dans les lois de la physique ou de la sémantique que les productions filaires et multimédia doivent converger pour se dissoudre les unes dans les autres. Cela ne va pas de soi… »

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CE AFP – bilan 2009-11 : De nouvelles luttes en perspective – Liens utiles

Tant d’affaires à discuter, à analyser : on voit bien que les échanges en Comité d’entreprise sont riches et importants pour la marche d’une entreprise, surtout lorsque celle-ci relève, comme c’est le cas de l’AFP, d’une véritable mission d’intérêt général !
Les PDG – je pense notamment à Pierre Louette – qui ont cherché à dépeindre les syndicalistes qui s’opposent à certains de leurs projets de développement comme des fossiles anti-modernes sortis d’un autre âge commettent une grave erreur.
Tout comme certains syndicalistes AFP, qui avalent de manière acritique les arguments en termes de «modernité» sans mesurer les pièges que peuvent recéler les technologies d’Internet : non seulement pour le développement technologique de l’entreprise mais aussi et surtout pour les intérêts des salariés qu’ils sont censés défendre.
Exemple : combien de jeunes à l’AFP sont exploités de manière éhontée, notamment sous des contrats CDD à répétition ou des contrats de piges employés en dépit du droit – sous prétexte d’accéder à la «modernité» en travaillant sur Internet ou au Service vidéo ?
Ces questions, comme celle du Statut qui reviendra peut-être sur le devant de la scène en octobre, vont continuer à fournir du grain à moudre aux élus du Comité d’entreprise comme aux autres représentants du personnel. Le prochain mandat, cette fois-ci de trois ans au lieu de deux, promet d’être tout aussi passionnant que celui qui s’achève !
SUD-AFPA suivre – si vous les électeurs le voulez bien…
Paris, le lundi 27 juin 2011


Annexe : liens utiles
Liens «intranet» (ne fonctionnant pas de l’extérieur de l’agence) :

Autres liens

Communiqués SUD publiés suite aux réunions du Comité d’entreprise :

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Le Statut de l’Agence France-Presse : le PDG Emmanuel Hoog défend son projet de casse

Malgré une grève de 24 heures et une motion de défiance votée massivement et par le personnel en Assemblée Générale le 26 mai dernier, le tout nouveau projet de réforme du Statut cinquantenaire de l’Agence France-Presse reste trop peu connu du grand public !

A écouter son principal concepteur, le PDG Emmanuel Hoog, la proposition de loi déposée le 17 mai par le Sénateur Jacques Legendre ne serait qu’une simple mise à jour, portant à la fois sur la « gouvernance » et les relations avec l’Etat, en passant par des « missions d’intérêt général » qui seraient nécessaires pour éviter les foudres de la Commission de Bruxelles.

C’est en effet l’impression trompeuse donnée par la dépêche AFP publié à l’occasion de la grève du 26 mai – dépêche qui était critiquée à juste titre par la CGT de l’agence.

Mais à écouter bon nombre de de mes collègues syndicalistes, il s’agit de toute autre chose : une menace gravissime contre l’indépendance et l’autonomie d’une des trois grandes agences de presse mondiales – la seule à être domiciliée ailleurs que dans un pays anglophone.

Pour vous faire une opinion, jetez un coup d’oeil sur les principaux communiqués syndicaux – accessibles sur le site « SOS-AFP » dont j’ai l’honneur de m’occuper – puis sur le remarquable argumentaire écrit par Samir Douaihy, un journaliste AFP qui a analysé la proposition de loi en profondeur.

Et prenez connaissance d’un autre argumentaire : celui ci-dessous fourni par Emmanuel Hoog au personnel de l’agence. Si je publie ce document sur mon blog, c’est avant tout parce que l’avenir de l’AFP concerne tout le monde, car elle produit et diffuse l’une des denrées les plus précieuses mais également les plus sujettes à la manipulation et la corruption : l’information.

Alors que le débat commence - j’ai déjà livré un certain nombre de critiques des arguments avancés par M. Hoog : vous les trouverez sur mon blog « Mediapart »

Emmanuel Hoog : son communiqué du 19 mai…

« PARIS, 19/05/2011 – 1006 – Jacques Legendre, Président de la Commission des Affaires culturelles du Sénat, a déposé une proposition de loi visant à réformer le statut de l’AFP. »

« Cette proposition réaffirme l’indépendance de l’Agence et garantit l’originalité de son statut, tout en modifiant celui-ci qui, au cours des ans, a montré combien il mérite d’évoluer. »

« La récente Question Préalable de Constitutionnalité, qui a considéré comme inconstitutionnelle le mode d’élection des représentants des personnels au conseil d’administration, en est un témoignage particulièrement éclairant. D’ailleurs, dans le commentaire de sa décision, le Conseil Constitutionnel écrit lui-même que d’autres dispositions du texte pouvaient faire l’objet d’un débat constitutionnel. »

« La nouveau statut s’il est adopté :

  • ancre une nouvelle fois dans la loi les articles 1 et 2 ;
  • renforce la vocation internationale de l’agence tout en soulignant sa spécificité francophone ;
  • reconnaît l’AFP comme porteur de mission générale ce qui permet de garantir son financement public et de le pérenniser ;
  • réorganise la gouvernance, en diminuant le conflit d’intérêts qui place les clients dans une position dominante au sein du conseil d’administration ;
  • lutte contre l’excès de changement de direction en assurant un mandat de 5 ans renouvelable au PDG ;
  • simplifie les procédures financières et budgétaires en les plaçant dans le droit commun ;
  • instaure un véritable contrat d’objectifs et de moyens. »

« L’AFP mérite un débat parlementaire le plus tôt possible. Le gouvernement et le parlement ont la responsabilité d’en fixer la date. »

« Cette proposition de loi doit être l’occasion de porter en avant les forces et les réussites de l’agence, et de mobiliser la représentation nationale autour de ses ambitions légitimes, dans un monde médiatique qui a besoin, plus que jamais, de grandes signatures, de référence, d’une grande agence. »

Emmanuel Hoog, le 19 mai 2011

… et celui du 1er juin :

« Chères collaboratrices, chers collaborateurs,

« Après avoir appris le dépôt, par le sénateur Legendre, d’une proposition de loi relative à la gouvernance de l’Agence France-Presse, je vous ai adressé, le 19 mai dernier, un communiqué qui résumait ma vision de ce texte et qui est joint au présent courrier. Depuis cette date, un rapporteur, M. Jean-Pierre Leleux, a été désigné pour instruire cette proposition de loi. De mon côté, j’ai répondu aux interrogations des cadres de l’Agence lors du comité de coordination et d’information du 30 mai, ainsi qu’à celles des organisations syndicales et de la société des journalistes le 1er juin.

« Il m’a semblé important de porter directement à votre connaissance les principales questions qui ont été soulevées par mes interlocuteurs et d’y apporter quelques éléments de réponse.

« Tout d’abord, je me réjouis que les incertitudes aient été levées et qu’un texte, annoncé depuis plusieurs mois, ait été déposé. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises, le statu quo est impossible : nous devons répondre à une plainte contre l’Agence à Bruxelles et la situation actuelle n’est plus tenable, qui consiste à affirmer – contre toute évidence – que la centaine de millions d’euros versée chaque année par l’Etat relève d’une relation strictement commerciale. Je crois très largement préférable d’agir de manière préventive – en inscrivant dans la loi la possibilité pour l’Etat de financer des missions d’intérêt général en plus de l’abonnement qu’il souscrit en tant que client de l’Agence – , plutôt que curative après avoir été condamné pour aide d’Etat par la Commission européenne, avec toutes les conséquences financières désastreuses qu’une telle condamnation pourrait avoir pour l’Agence. La proposition de loi contient d’autres avancées intéressantes. Par exemple, qui pourrait être hostile à l’ajout de la défense du français dans les obligations fondamentales assignées à l’Agence par le législateur ? De même, faut-il rejeter l’allongement de la durée du mandat du PDG ? Faut-il rappeler qu’en 25 ans, AP et Reuters ont eu deux présidents alors que l’AFP en a connu huit, dont trois démissionnaires ?

« Ce texte doit cependant être remis à sa juste place. Il s’agit d’une proposition de loi « relative à la gouvernance de l’Agence« , pas d’un nouveau statut. Je me dois de tordre le cou dès ce stade à cette idée, qui a pu être exprimée et qui fonde le parallèle entre la période que nous vivons et celle qui précéda l’adoption du statut de 1957. Nous vivrions un changement de statut si la proposition de loi procédait à un changement de la forme juridique de l’Agence et à sa transformation en société anonyme, ou encore à une révision radicale de ses « obligations fondamentales ». Aujourd’hui, rien de tel. J’ajoute, pour ceux qui persistent dans le parallèle historique, qu’on pourrait citer Paul-Louis Bret, directeur général de l’Agence au moment de la discussion du statut de 1957, et tous ceux qui, à cette époque, avaient bien vu toute l’ambigüité du financement public, allant même jusqu’à parler de « camouflage » du financement public de missions d’intérêt général sous les habits d’un abonnement de nature commerciale aux services de l’Agence. Si une telle situation était vivable en 1957, elle ne l’est plus aujourd’hui avec une Commission européenne dans laquelle la direction générale de la concurrence a pris une importance cardinale et qui veille au grain pour s’assurer que toute intervention publique est conforme aux règles du traité de l’Union européenne en matière d’aides d’Etat. On peut le regretter mais c’est ainsi.

« Y avait-il urgence pour le Parlement à se saisir du sujet ? Je le redis : la Commission européenne est en train de regarder dans le détail nos modalités de financement, sous la pression d’un de nos concurrents allemands très actif et qui s’apprête d’ailleurs à venir nous concurrencer, en photo, sur le territoire français.  Le « camouflage » dont parlait Paul-Louis Bret n’est plus tenable et Bruxelles nous presse de clarifier la situation, et de faire la part de la relation purement commerciale entre l’Etat et l’Agence, et du financement des missions d’intérêt général. A défaut, nous risquons purement et simplement de nous voir interdite de toute forme de financement public par les autorités européennes de la concurrence.

« La première question à laquelle il me faut répondre, et qui est le seul sujet de fond soulevé, est celle de l’indépendance : oui ou non ce texte porte-t-il atteinte à l’indépendance de l’Agence ? Est-ce porter atteinte à l’indépendance que de réduire le poids de nos clients historiques au sein du conseil d’administration ? Est-ce porter atteinte à l’indépendance que donner plus de pouvoir aux représentants des salariés en les associant au choix des personnalités qualifiées au même titre que les représentants des médias ou de l’Etat ? Répondre par l’affirmative n’aurait aucun fondement juridique, technique ou politique. Bien au contraire, ce texte permet de combler les fragilités et de « réarmer » l’AFP pour les années futures : la presse n’est plus majoritaire et n’est donc plus à même de bloquer des décisions qui vont dans le sens du développement de l’Agence mais contrarient leurs intérêts de clients ; les représentants des salariés – désormais élus sans condition de nationalité – participent à la cooptation des personnalités qualifiées ; le conseil est ouvert à des personnalités de nationalité étrangère qui viendront apporter un autre regard. Où est la perte d’indépendance ?

« Revenons un instant sur la très belle formule de Jean Marin disant que  » l’AFP ne peut fonctionner que si celui qui paye ne commande pas« . Force est de constater que le déterminisme économique l’a emporté sur l’idéal et que nous sommes aujourd’hui dans la situation que ne voulait pas Jean Marin. Soit nous prenons acte pour l’avenir que ceux qui paient – nos clients – décident et alors en effet il ne faut rien changer. Soit nous voulons revenir à l’idéal de Jean Marin, et nous devons nous réjouir d’un texte qui vise justement à permettre à ceux qui ne paient pas – les personnalités indépendantes et les représentants des salariés – de décider.

« Je voudrais également insister sur la place nouvelle prise dans ce texte par les représentants des salariés au conseil d’administration de l’Agence. La proposition de loi prévoit une composition dynamique de celui-ci en deux étapes, avec un socle de neuf administrateurs (quatre représentants des médias, deux représentants des salariés et trois représentants de l’Etat) qui seront chargés de coopter six personnalités indépendantes. Au lieu de disposer de deux voix sur 16 de façon indifférenciée, soit 12,5%, les représentants du personnel font désormais partie du socle, dont ils représentent 22,2% : c’est presque un doublement de leur responsabilité. Désormais, la responsabilité des élus du personnel est RENFORCEE DE MANIERE SIGNIFICATIVE. En effet, ils participent à la désignation des six personnalités indépendantes, parmi lesquelles figure le futur PDG.

« A cet égard, une question revient souvent : qu’est-ce qui garantit que les six personnalités indépendantes le seront véritablement ? Les personnels et les représentants des médias disposent d’une majorité absolue pour la nomination de ces personnalités. Si cela n’est pas considéré comme une garantie, cela signifie que, soit les représentants de la presse, soit les représentants du personnel pourraient être considérés comme « dépendants » : qui oserait l’affirmer ? Et si quelqu’un osait, que dire alors de la situation actuelle dans laquelle les représentants de la presse sont majoritaires ? Par ailleurs, quelle est la capacité de contrôle du conseil d’administration sur la production de l’Agence ? La question relève du procès d’intention, à mille lieux de tout ce que je peux constater du fonctionnement quotidien de l’Agence et de son histoire. L’indépendance de l’AFP appartient fondamentalement à la force et à la vivacité de sa rédaction et de sa direction. Par ailleurs, tant que je serai à la présidence de l’AFP, jamais je n’accepterai, par un conseil d’administration ou par quelque autorité que ce soit, que la liberté de la rédaction soit discutée, menacée, contrôlée ou amendée.  Au-delà de moi-même, chacun le sait, toute autre attitude serait intenable, préjudiciable et condamnée, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Agence.

« La deuxième interrogation renvoie au spectre de  la « boîte de Pandore » qui serait ouverte par l’examen d’un texte concernant l’AFP par le Parlement. Ce risque doit être évacué et me paraît relever largement du fantasme. Le texte est déposé par un sénateur de la majorité, par ailleurs président de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, ce qui signifie que les dispositions de cette proposition de loi ont été rédigées en lien étroit avec le Gouvernement et avec les représentants de la majorité dans les deux assemblées. Il s’appuie très largement sur des auditions ouvertes que j’ai pu faire devant les commissions des affaires culturelles des deux assemblées, au cours desquelles de très nombreuses voix, issues des rangs de la majorité et de l’opposition, ont salué la sagesse et la mesure de nos positions. Le risque d’une évolution significative du texte dans un sens contraire aux intérêts supérieurs de l’Agence me semble donc très faible, pour ne pas dire nul. En revanche, il paraît légitime que des amendements voient le jour pour clarifier, préciser, tel ou tel point du dispositif, c’est l’enjeu même du débat parlementaire.

« Je répondrai ensuite aux autres interrogations qui se sont légitimement exprimées :

  • Est-ce une tentative de modifier « à la hussarde » le statut de 1957, sans concertation ? Ceux qui le prétendent oublient que ces débats sont sur la table depuis bien longtemps (projet de mon prédécesseur, rapport Pigeat, etc.). J’ai dès mon arrivée défendu l’idée que le statut de l’Agence avait besoin d’être adapté à son temps, en particulier pour ce qui concerne la composition du conseil d’administration de l’Agence et la durée des mandats. J’ai eu maintes occasions de m’exprimer sur le sujet, que ce soit devant le comité d’entreprise, le CCI, les commissions compétentes de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Je vous invite à vous reporter aux procès-verbaux de mes auditions, qui sont des documents publics ; mon discours n’a pas varié.
  • Y a-t-il un risque de voir le financement public de l’AFP se réduire ? C’est tout le contraire car, aujourd’hui, toute idée de « saut » qualitatif ou quantitatif de l’Agence est impossible : la fiction d’une relation purement commerciale avec l’Etat conduit celui-ci à reconduire d’une année sur l’autre le montant de son financement, sans qu’il soit possible de le mobiliser pour aider l’Agence à franchir un palier de son développement. De son côté, le texte en discussion permet de sécuriser le financement public vis-à-vis de Bruxelles et d’autoriser le financement de nos projets de développement dans le cadre du contrat d’objectifs et de moyens. Si nous savons convaincre l’Etat de la pertinence de nos projets de développement, nous obtiendrons de lui une avancée budgétaire qui aurait été injustifiable dans une logique purement « commerciale « . Je dis du nouveau mécanisme qu’il autorise des avancées, à nous de faire de celles-ci un engagement durable de la part de l’Etat. Aujourd’hui, ce que je sais, c’est que la situation juridique l’interdit. Autorisation législative française contre interdiction administrative bruxelloise : le choix est simple.
  • La proposition de loi conduit-elle à « plafonner » la subvention versée en compensation des missions d’intérêt général ? La phrase qui figure dans le texte (« les ressources publiques allouées à l’Agence France-Presse en compensation des missions d’intérêt général mises à sa charge n’excèdent pas le montant du coût net d’exécution desdites obligations« ) est une formule technique utilisée par l’ensemble des spécialistes de ce sujet, qui n’est que la transposition en droit français des exigences du droit communautaire. Elle signifie simplement que l’argent public relève, soit de la compensation d’une mission d’intérêt général, soit de la relation commerciale, mais qu’il ne peut pas relever d’une troisième catégorie. Mais je peux comprendre les interrogations qui peuvent naître de cette phrase ; dans les prochaines semaines, conformément à l’esprit et à la lettre de ce message, la phase de dialogue et de débat que j’appelle de mes vœux permettra d’y répondre.
  • Ce texte nous enferme-t-il dans le « carcan » des contrats d’objectifs et de moyens ? Je rappelle tout d’abord que nous disposons déjà d’un contrat d’objectifs et de moyens. Mais ce contrat n’est pas satisfaisant dans son ambition car il n’est explicite, ni sur les objectifs, ni sur les moyens. J’ai une longue expérience, tirée de mon passage à la tête de l’INA, des négociations avec les services de l’Etat pour la conclusion de ces contrats. Et je sais qu’il peut en sortir le meilleur si nous inscrivons nos demandes dans le cadre d’une stratégie d’entreprise claire et cohérente. Elle est aujourd’hui à l’œuvre. Les chantiers ouverts, la présentation stratégique faite au comité d’entreprise du 16 décembre 2010, sont autant d’éléments qui donnent à notre entreprise de vraies perspectives. Aujourd’hui, la langue arabe, le développement de la vidéo, les plans Inde et Brésil sont autant de sujets qui, pour être ambitieux, ne donnent lieu à aucune discussion sérieuse avec l’Etat, nous contraignant à un développement à pas comptés.
  • L’exposé des motifs de la proposition de loi conduira-t-il à nous interdire toute activité dite « B2C » en direction du consommateur final ? Un exposé des motifs n’est pas la loi. Le texte de loi lui-même n’interdit pas à l’Agence de développer un service B2C et ne peut pas l’interdire car cela serait enfreindre plusieurs principes de nature constitutionnelle – tels que la liberté d’entreprendre ou le principe d’égalité – ; j’ajoute que cela reviendrait à interdire à l’AFP ce que fait Reuters sur son site Internet en français, et donc à nous mettre dans une situation d’inéquité concurrentielle qui ne serait pas acceptable et qui ne serait pas compréhensible : comment imaginer, à l’heure où la proposition de loi consacre notre contribution au rayonnement de la langue et de la culture françaises dans le monde, que l’AFP soit la seule agence à ne pas être présente en B2C dans sa propre langue ? Enfin, notre stratégie de présence sur Internet dépasse largement la seule question du B2C : toutes les options sont ouvertes ; vous savez que nous travaillons à des applications pour téléphones mobiles et tablettes, qui seront commercialisées prochainement en anglais.
  • La suppression de la Commission financière est-elle la porte ouverte à toutes les dérives budgétaires ? La Commission financière a eu son utilité, sans nul doute ; néanmoins, son avis sur les budgets de l’Agence intervenait systématiquement plusieurs mois après le début de l’année civile, relativisant beaucoup la portée de son intervention même lorsqu’il lui arrivait de refuser le budget. Par ailleurs, soyons clair : la commission financière est un faux nez de la Cour des comptes, dont sont issus son Président et tous ses membres. Soyons simples ! J’ajoute que l’Agence est, depuis sa création, placée sous la surveillance de la Cour des comptes comme tous les organismes qui reçoivent des concours publics ou même des fonds issus de la générosité publique. La proposition de loi rappelle simplement et clairement l’état du droit.

« En termes de calendrier, selon les informations dont nous disposons, le texte pourrait être examiné courant juin par la commission de la culture du Sénat ; l’examen en séance plénière pourrait avoir lieu fin juin ou début octobre, avant discussion du texte à l’Assemblée nationale. Le plus probable est qu’il y ait ensuite une seconde lecture par chacune des deux chambres du Parlement. Le Sénat et l’Assemblée nationale procèderont pendant cette période à des auditions au cours desquelles tous les points de vue pourront s’exprimer. Nous sommes donc au début d’un processus au cours duquel nous pourrons continuer de débattre.

« J’ai d’ailleurs décidé de poursuivre le débat avec chacune et chacun d’entre vous en créant une adresse électronique à laquelle vous pourrez envoyer toutes vos questions et par laquelle transiteront nos réponses. L’ensemble de ces questions et des réponses apportées sera ensuite mis en ligne sur asap [l'intranet de l'AFP], en laissant à chacune et chacun d’entre vous le choix de rester anonyme ou de voir son identité figurer à côté de la question. Toutes les questions recevront une réponse, je m’y engage. Les organisations syndicales sont également invitées à envoyer leurs questions à cette adresse ; elles disposent aussi de leurs propres espaces pour exprimer leurs positions et animer leur propre débat.

« Le dialogue et l’explication doivent se poursuivre, ainsi que l’émergence éventuelle de propositions nouvelles qui puissent être transmises au législateur. Toutes les expressions peuvent être légitimement entendues et pourront utilement nourrir le débat parlementaire et, au-delà, l’élaboration du contrat d’objectifs et de moyens. Elles feront ainsi sentir, au-delà de nos murs à tous ceux qui veulent bien nous entendre et être attentifs à nos métiers et aux valeurs que nous portons, combien l’avenir de l’AFP nous est cher au regard de nos missions et de la vision du monde que nous emportons avec nous chaque jour. Je suis, avec la direction de l’Agence, à la disposition de chacune et chacun d’entre vous pour continuer le débat, apaiser les craintes et dissiper les incertitudes.

« Très chaleureusement et très cordialement, Emmanuel HOOG »

Tous les commentaires sont les bienvenus ; certains des miens se trouvent sur un autre blog.

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Agence France-Précarité : il faut agir !

Les syndicats AFP estiment à environ une centaine le nombre de journalistes employés abusivement par l’AFP avec un statut « précaire » – principalement des contrats à durée déterminée ou des pigistes.

Il s’agit de journalistes dont le travail effectué n’est pas compatible avec leur statut. Par exemple, des CDD utilisés pour pourvoir des postes permanents, ou des pigistes employés dans les bureaux ou les services de l’agence pour assurer des vacations à la journée. Sans oublier le nombre croissant de journalistes qui se voient proposer un contrat sous statut local à l’étranger plutôt qu’un statut d’expatrié de droit français, beaucoup plus protecteur.

Intervention de l’inspection du travail

Depuis l’envoi par l’Inspection du travail d’une lettre à l’AFP début décembre, la direction de l’agence a ouvert des négociations avec les syndicats, qui devraient en principe prendre fin le 31 mars.

Pour l’instant, outre l’embauche en CDI de certains des cas les plus flagrants – et ceci sans toujours tenir compte des exigences de l’inspection du travail – les négociations « précarité » ne progressent pas très vite.  Comme en témoigne le communiqué intersyndical publié vendredi dernier, le 18 mars :

Note-communiqué-syndicats
Communiqué de l’intersyndicale à propos des négociations sur la précarité

PARIS, 18/03/2011 – Voici un communiqué de l’intersyndicale journalistes de l’AFP (CGT, SNJ, CFDT, FO, SUD):
La direction consent à créer un pool pour titulariser 10 à 15 précaires
La direction  a proposé vendredi, dans le cadre des négociations pour résorber la précarité, la création d’un pool « de 10 à 15 journalistes » en CDI qui auront vocation à assurer des remplacements ou renforts liés aux besoins temporaires des services (vacances, congés maladie etc..) pour une durée encore non précisée mais pourrait être de « deux ans ».
Y seraient intégrés, selon la direction, « les CDD les plus anciens ayant travaillé régulièrement » à l’agence, y compris d’ex-CDD ou pigistes sous statut local à l’étranger depuis plusieurs années et qui souhaitent revenir au siège. Ceux qui en font partie pourront se porter candidats et prétendre à être nommés, avant la fin des deux ans, sur des postes affichés.
Ces titularisations s’ajoutent à la quinzaine d’autres annoncée pour le « pôle banlieue », la vidéo et deux ex- »pigistes » en province.
En parallèle, d’autres embauches pourront être faites hors pool, en fonction de la liste des candidats (un ex-CDD sous contrat local à l’étranger sera nommé sur un poste affiché de statut siège, dans les jours qui viennent).
Toutefois, les syndicats insistent sur le fait qu’une centaine de CDD ou pigistes travaillent depuis plusieurs années pour l’agence, dont une trentaine ont plus de 3 ans de contrats cumulés.
Pour ceux qui ne seraient pas intégrés dans le pool et qui entrent dans le cadre des négociations, la direction s’est engagée à fournir à tous une « visibilité » sur leur parcours à l’agence.
« D’ici la fin de l’année, tous auront une visibilité » sur leur carrière, a affirmé la direction.
Grosse inquiétude: la direction a cependant précisé que la création du « pool » devrait s’accompagner d’une meilleure gestion des congés et du personnel dans chaque service. Nous espérons que cela ne va pas signifier des contraintes en plus pesant sur les journalistes qui peinent, déjà, dans certains services ou bureaux en sous-effectifs chroniques, à pouvoir prendre des vacances et du repos.
Les représentants du personnel ont aussi souligné qu’il ne fallait pas que ce pool serve à maquiller des postes permanents qui ne sont pas pourvus. Nous demandons des titularisations sur les postes permanents occupés régulièrement par des précaires (desk amsud, infographie, desk sport etc…).
La direction doit encore faire des propositions sur les pigistes photo, vidéo et texte, en province afin de résoudre la précarité d’un grand nombre.
Nous approchons du terme des négociations, qui s’achèveront le 31 mars.
L’intersyndicale prend acte des nouvelles avancées de la direction même si elles sont encore insuffisantes. Les représentants du personnel continueront à combattre la précarité à l’agence et à informer l’ensemble des salariés.
L’INTERSYNDICALE DE L’AFP

PS : Notons que la direction de l’AFP a accepté un contrat d’objectifs et de moyens avec l’Etat qui inscrit dans le marbre une politique d’austérité salariale, et cela jusqu’en 2013. Sur le fond, tant que cette politique scandaleuse ne sera pas contestée de manière frontale par les syndicats, il est difficile de voir comment on peut progresser.

PPS : En plus des très nombreux salariés de l’AFP qui patissent de la politique de précarité « de droit français », l’agence emploie environ un millier de personnes – journalistes, administratifs, employés et techniciens – sous statut local à travers le monde. Ces salariés sont trop souvent oubliés par les principaux syndicats. C’est en partie pour les rendre plus visibles que SUD-AFP a contesté le mode de scrutin adopté par l’Agence pour la seule élection qui comprend un certain nombre d’entre eux : celle des représentants du personnel au Conseil d’administration.

N’hésitez pas à réagir à ce billet – en tenant compte du fait que la validation des commentaires n’est pas instantanée, car j’essaie d’empêcher la publication de « spam » !

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Que faire quand « journalisme » devient « communicalisme » ?

Dans un livre extraordinaire intitulé « Flat Earth News » (le journalisme de la terre plate, 2008 – non traduit en français), le journaliste britannique Nick Davis emploie le joli néologisme « churnalism » pour désigner une dégénérescence de la production journalistique qui devient de plus en plus répandue.

Tiré du verbe « to churn » qui veut dire baratter (le beurre), voire brasser ou recycler quelque chose par un mouvement circulaire, le « churnalism » consiste à recycler de la matière publicitaire – en règle générale des communiqués de presse – afin de donner l’apparence d’un document d’information à ce qui n’est en fait que de la réclame.

Les origines de ce phénomène ne sont pas difficiles à deviner : les journalistes professionnels, sans oublier les personnes de plus en plus nombreuses qui acceptent de produire pour rien ou presque rien pour les « fermes de contenu » sur Internet, sont bombardés en permanence par des communiqués de presse. (Sur la notion de « fermes de contenu », cf l’article d’Ignacio Ramonet dans « Le Monde Diplomatique » de mars 2011).

Selon le chercheur américain Robert McChesney, cité également dans « Le Monde Diplomatique », en janvier 2011 , le rapport entre le nombre total de «communicants», c’est à dire, le nombre d’attachés de presse et de spécialistes des relations publiques en tous genres, et le nombre de journalistes aux Etats-Unis est passé d’un pour un en 1960, à un pour quatre aujourd’hui.

« Aujourd’hui, les communicants sont quatre fois plus nombreux que les journalistes. Au rythme actuel, ils seront six à sept fois plus nombreux dans dix ans, » écrit le Monde Diplo.

Sachant que les journalistes professionnels sont dorénavant nettement moins nombreux que les « communicants » employés pour les séduire, en général par des intérêts disposant des fonds nécessaires pour bien les rémunérer, il devient évident que les premiers doivent faire preuve d’une vigilance extrême pour résister aux pressions de toutes sortes.

A part leur infériorité numérique face à la puissance de feu des publicitaires et des propagandistes, deux facteurs jouent, de manière évidente, contre les journalistes :

  • Leurs salaires et conditions de travail. Enquêter sur une information, rechercher un point de vue contradictoire, devient beaucoup plus difficile, sinon impossible, lorsqu’on doit produire à un rythme effréné, souvent sans quitter son écran. C’est une des raisons principales pour défendre les salaires et l’indépendance des journalistes – et également insister sur l’indépendance et l’intégrité de leurs employeurs ;
  • Leur respect pour les principes élementaires d’équilibre et d’objectivité. Inutile de se voiler la face : de nombreux confrères et consoeurs qui jouissent de salaires et de conditions de travail acceptables soit ne se sont jamais posé le problème, soit trouvent beaucoup plus facile de suivre la pente savonneuse des « publi-reportages » en tous genres.

La démarche « churnalistique » est en effet d’autant plus séduisante que les produits et services mis en avant dans les papiers et les vidéos en question sont très souvent les mêmes produits et services qui font l’objet de publicités dans les organes pour lesquels travaillent les journalistes.

Sans oublier que bon nombre de titres de presse – c’est là une particularité française – appartiennent tout simplement aux mêmes entreprises qui fabriquent et vendent les produits et services en question ! (Cf à ce sujet un article fort intéressant paru sur le site « Agoravox » en mars 2010).

D’où, par exemple, l’enthusiasme extraordinaire exprimé par de nombreux journalistes pour les produits « high-tech » : phénomène dont témoigne un journaliste de l’AFP sur le blog « Mediawatch » (« Apple is a Rock Star » – le 7 mars 2011 – en anglais uniquement)

D’où également l’engouement pour des documents qui n’ont d’autre but que la promotion d’un produit ou d’un service, en général présenté sans aucun élément pour contredire le point de vue des promoteurs de ce dernier.

Il est évidemment beaucoup plus facile de combattre ces tendances lorsque l’organe de presse pour lequel on travaille ne dépend pas directement de recettes publicitaires.

C’est l’une des raisons pour préserver à tout prix le statut de 1957 de l’Agence France-Presse (mon employeur), ainsi que son indépendance vis à vis des recettes publicitaires, notamment sur Internet.

C’est pourtant simple de ne pas tromper

Par ailleurs, il ne devrait pas être difficile pour un organe de presse d’imposer des règles strictes qui interdisent à ses journalistes de se livrer à de la publicité occulte – d’autant que de telles pratiques sont rejetées par les chartes déontologiques du journalisme.

Autre moyen simple d’éviter le « churnalisme » : insister pour qu’aucune information ne soit publiée si elle n’exprime qu’un seul point de vue, et notamment celui d’une entreprise ou d’un attaché de presse.

Après tout, la publicité est en principe là pour ça ! Si elle envahit également les articles de presse et les images qu’elle est censée financer, quelle place reste-t-il pour l’information ?

Et quelle place restera-t-il pour les journalistes professionnels si les « fermes de contenu » financées avant tout par les recettes publicitaires et alimentées par des non-professionnels prêts à travailler pour des clopinettes, envahissent tout ?

Nous ne devons pas scier la branche sur laquelle nous sommes assis !

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Une entreprise de presse doit-elle réglementer l’expression de ses salariés sur son forum Internet ?

La question est posée par un communiqué de mon syndicat en date du 7 mars 2011 : « Agence FesseBook : cachez ces commentaires qu’on ne saurait lire !« .

Un salarié s’exprime sous son vrai nom sur l’une des pages Facebook mise en place par son entreprise, prenant soin de préciser qui il est.

Au bout de quelques messages, l’administrateur de la page décide subitement de bloquer le salarié, qui n’a plus la possibilité d’écrire de commentaires. Le salarié ne reçoit aucun message l’avertissant de ce changement, ni aucune explication par la suite.

Quelques réflexions

Je ne me situe pas ici sur le plan juridique, qui en France est semble-t-il assez favorable au salarié. Contrairement à la situation dans bon nombre d’autres pays, ce dernier jouit en effet de la liberté d’expression, y compris sur le lieu de travail. A condition, bien entendu, de ne pas dénigrer de façon excessive son employeur et de ne se livrer à aucune calomnie ou attaque personnelle.

Je ne pose pas non plus la question de la participation à des forums Internet à partir du lieu de travail : pour ce qui me concerne, je n’interviens sur les forums web qu’à partir de mon domicile, sur mon temps libre.

Ce qui suit concerne à la fois l’intérêt de l’entreprise et la cause de la liberté d’expression, y compris sur l’exercice du métier de chacun. Inutile d’ajouter que dans le cas d’une entreprise de presse, et de surcroît une agence qui jouit d’un statut tout à fait particulier, ces deux intérêts sont censés coincider !

Anonymat

Une question qui se pose de manière évidente est celle de l’anonymat. En effet, sachant qu’il est facile sur la plupart des sites participatifs de créer une identité factice, rien n’empêche le salarié de participer aux forums mis en place par son entreprise sous un faux nom – à ses risques et périls, bien entendu.

Mais une telle démarche, condamnée de nos jours par de nombreux internautes et même mise en cause par le législateur dans certains cas, ne paraît pas satisfaisant dès lors qu’on participe à des forums « grand public » et qu’on n’échange pas des informations ultra sensibles (cf le cas Wikileaks).

En tout cas, la possibilité pour un salarié de dissimuler (ou d’essayer de dissimuler) son identité implique que l’employeur ne peut au mieux que tenter de réglementer l’expression de son personnel.

Dans l’intérêt de l’entreprise, comme du salarié, il me semble que quel que soit le principe souhaité par l’employeur, ce principe doit être, dans la mesure du possible, cohérent.

Il ne paraît pas normal, par exemple, que certains salariés puissent s’exprimer en toute liberté et sous leur vrai identité sur tel forum mis en place par l’entreprise, alors que d’autres se trouvent bloqués dès lors qu’ils expriment des opinions qui ne plaisent pas à l’employeur.

Exemple d'un commentaire qui a été supprimé, avec lien vers la vidéo dont il est question

Il ne faut tout de même pas oublier qu’un forum, par définition, est conçu pour permettre l’expression des opinions. D’ailleurs, si l’entreprise souhaite attirer beaucoup de monde sur ses forums afin de construire son « image », il paraît évident qu’elle a intérêt à encourager les expressions les plus diverses et les plus réfléchies !

Rien n’est plus ennuyeux et rébarbatif qu’une succession de commentaires sans grand intérêt, truffés de fautes d’orthographe.

Par ailleurs, dans le cas spécifique d’une entreprise de presse, il faudrait sans doute faire une distinction entre ses journalistes « connus du grand public » et ses autres salariés, qui ne signent jamais des articles ou des images susceptibles d’être publiés sur Internet. (Pour ce qui me concerne, j’appartiens plutôt à la deuxième catégorie, étant connu à l’extérieur surtout en tant que syndicaliste et non pas en tant que « plume »).

Autrement dit : quel que soit le principe que l’employeur va (essayer de) mettre en place, il me semble qu’il se doit d’être cohérent et s’appliquer à tout le monde.

Autre principe, qui me paraît particulièrement pertinent dans le cas présent : si un employeur souhaite que ses salariés s’expriment en premier lieu en interne, il faut leur donner l’occasion de le faire ! Par exemple, en évitant de traiter les instances représentatives du personnel comme de simples chambres d’enregistrement !

Pour ce qui concerne la stratégie de mon entreprise sur Internet, j’affirme qu’il n’a pas été possible d’en débattre de manière loyale au sein du Comité d’entreprise : pour un exemple récent, voir le compte-rendu SUD d’une séance consacrée à cette question brûlante.

Enfin, il doit être évident que l’idée selon laquelle le fait de paraître sur Internet ne pose que quelques questions purement techniques est à proscrire absolument. Chaque geste, chaque intervention, chaque page peut recéler des complexités et provoquer des effets inattendus. Le diable, comme nous disons en anglais, se niche dans les détails !

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