CE AFP – bilan 2009-11 : L’AFP et la publicité : les mauvaises fréquentations

 

En avril 2008, j’ai rédigé pour le syndicat SNJ-CGT de l’AFP une saisine du Conseil supérieur de l’Agence concernant la possibilité pour celle-ci de récolter directement des recettes publicitaires. (Le texte soumis au Conseil peut être téléchargé à partir de la page d’accueil de mon site personnel).

vidéos AFP YouTube Bernard Thibault
Des captures d’écran de vidéos AFP recueillies sur «YouTube». En haut, une vidéo montrant le dénuement des civils piégés par la guerre au Sri-Lanka, en avril 2009. Incrustée sur l’image, une publicité pour un régime de perte de poids «africain». Au centre, la version anglaise d’une interview de Bernard Thibault par l’AFP le 23 septembre 2010 ; le nom du dirigeant syndical est dissimulé par une publicité pour un plan de retraite privée pour riches expatriés.
 Enfin, la vidéo d’une interview du cinéaste Claude Lelouch, en février 2010, est incrustée d’une réclame d’un groupe de la droite américaine qui cherchait à l’époque à contrer les réformes du système de santé américain du Président Barack Obama.

La plainte, qui a malheureusement été rejetée par le Conseil, invoquait d’une part un point de principe – la dépendance par rapport aux recettes publicitaires est de nature à influencer le contenu des services de l’agence, violant de ce fait l’Article 2 de son Statut – et d’autre part un argument commercial : en accaparant des recettes publicitaires qui normalement iraient vers ses clients, l’AFP fragilise sa propre logique de grossiste, sciant en quelque sorte la branche sur laquelle elle est assise. Autre argument de poids : étant notoirement cycliques, les recettes publicitaires ne constituent pas une base satisfaisante pour assurer la pérennité d’un grand organe de presse.
Malgré l’échec de la saisine, j’ai continué à m’opposer, au CE, aux contrats sans cesse plus nombreux qui lient les recettes commerciales de l’AFP aux revenus publicitaires.
Particulièrement emblématiques, pour ne pas dire choquantes à mes yeux, sont les images publicitaires qui accompagnent dorénavant les vidéos AFP qui sont livrées gratuitement aux internautes sur des sites tels que «YouTube» et «DailyMotion». (exemples ci-contre et plus loin).
En préparant le CE du 24 septembre 2010, en pleine tempête de la réforme des retraites en France, je suis tombé sur un exemple particulièrement parlant, que j’ai tenu à évoquer lors de la réunion (cf. images ci-contre) :
DS : « Sur le contenu de l’information, qui semble toujours oublié dans les débats techniques sur la livraison de l’Information, sur Internet, j’ai sous les yeux un exemple, que j’ai imprimé en quelques exemplaires. C’est la vidéo des manifestations sur les retraites faite en anglais par l’AFP. Comme nous le savons, l’AFP fournit gratuitement des vidéos au grand public sur YouTube, et dans la version anglaise de cette vidéo, qui n’est pas passée dans les pages en français de l’AFP sur YouTube, on voit des publicités s’incruster sur l’image. Sur l’image de Bernard Thibault qui parle à l’AFP, on voit une publicité Google pour des plans de retraites destinés aux expatriés «off-shore». Ne sommes-nous pas en train de dénaturer l’information ? »
…/…
Emmanuel HOOG : « Je regrette ce cas. Nous regarderons comment cela s’est produit et nous veillerons à ce que ça ne se reproduise pas. Mais il y a un point que je voudrais relever dans votre propos. Ce n’est pas qu’une affaire commerciale, et il y a parmi mes interlocuteurs beaucoup de gens qui sont sensibles à l’idée que l’Agence doit avoir une dimension grand public. »
La suite, au CE du 20 octobre 2010 (cf. aussi le compte-rendu SUD de cette réunion) :
DS : « La dernière fois, je vous ai montré une capture d’écran d’une vidéo AFP sur YouTube avec une publicité pour des retraites privées «offshore» incrustée sur une interview de Bernard Thibault. Vous avez répondu que vous alliez essayer de comprendre comment cela s’était produit et que vous alliez veiller à ce que cela ne se reproduise pas. J’ai l’impression que rien n’a changé, mais je voulais savoir ce qu’il en était. »
Malgré la déclaration de M. Hoog, à notre connaissance rien n’a été fait pour enquêter ni sur la présentation de la vidéo de Bernard Thibault, ni sur les nombreux autres exemples de «liaisons dangereuses» entre l’AFP et les recettes publicitaires.
Ce recours croissant aux recettes publicitaires pour financer des contenus livrés gratuitement par l’AFP sur Internet n’est hélas pas nouveau : depuis longtemps les contrats qui lient l’agence à certains grands sites tels que Yahoo comportent une part variable qui dépend de la pub.
Mais cette politique prend un relief particulier sous la présidence d’Emmanuel Hoog, qui a fait de la livraison de produits AFP directement au grand public un de ses chevaux de bataille.
Il est également piquant de remarquer que l’exposé des motifs de la proposition de loi Legendre sur le Statut de l’AFP (mai 2011), contient la mise au point suivante :
«…toute perspective de mise à disposition d’une information en français, à titre gratuit, par l’AFP auprès du grand public, en France, semble incompatible avec sa qualité d’agence de presse définie par l’article 1er de l’ordonnance du 2 novembre 1945 dans les termes suivants : « sont considérées comme agences de presse, au sens de la présente ordonnance, les organismes privés qui fournissent aux journaux et périodiques, des articles, informations, reportages, photographies et tous autres éléments de rédaction et qui tirent leurs principales ressources de ces fournitures ». De plus, l’article 3 de l’ordonnance précitée interdit explicitement la fourniture d’information à titre gratuit par une agence de presse aux journaux et périodiques.
«En outre, la mise en place par l’AFP d’un accès gratuit à l’information rédigée en français au bénéfice du grand public en France pourrait impliquer un éventuel financement publicitaire pour les investissements et le fonctionnement de ce fil. Or, l’AFP n’a pas vocation à recevoir des recettes publicitaires, en vertu de l’article 3 de l’ordonnance précitée qui dispose que « les agences de presse ne peuvent se livrer à aucune forme de publicité en faveur des tiers ».
J’espère que lors d’une prochaine réunion du Comité d’entreprise, le PDG précisera sa pensée sur ces questions – et donnera également sa réponse à la question que j’ai posée lors de la réunion du 24 septembre 2010.

Ci-dessous, quelques autres exemples de « mélange des genres » dans la présentation des vidéos AFP sur Internet:

AFP vidéo avec publicités

Capture d'écran du 12 décembre 2010 : une vidéo AFP fournie gratuitement sur YouTube est accompagnée d'un bandeau publicitaire "Soyez la plus belle" et d'un grand encart vantant le divorce à bas prix

Vidéo AFP attentat Karachi, pub voyages vers Hong Kong

Capture d'écran de novembre 2010 : une vidéo AFP sur un attentat à Karachi est affublée d'un bandeau publicitaire pour les voyages vers Hong-Kong et d'un encart pour un service de paris sur Internet

 

Vidéo Paris Modes AFP mascara Givenchy

Un autre exemple de "liaisons dangereuses" entre l'AFP et la publicité : une vidéo "Paris Modes" diffusée en 2007 sous le logo de l'agence a pour but de vanter les mérites d'un "nouveau mascara révolutionnaire"


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