CE AFP – bilan 2009-11 : Le déménagement rue Vivienne

A l’exception des tentatives de Pierre Louette puis d’Emmanuel Hoog de casser le Statut de l’AFP, le déménagement d’une partie de la rédaction dans des locaux loués à 50 mètres du siège constitue à mon sens l’événement le plus lourd de conséquences de ces deux ans.
Extrait document VivienneLe 20 mai 2009 le Comité d’entreprise a été informé et consulté sur le projet de signer un bail pour des locaux rue Vivienne, où il était question de créer un «grand plateau multimédia» qui selon la direction ne pouvait pas être installé dans les locaux historiques du siège. (Cf ci-contre, des images tirées du document présenté par la direction à l’appui de ce projet).
J’ai été seul parmi les élus à ne pas voter en faveur de ce projet. Je me suis abstenu, en mettant en avant les arguments suivants :
« Je ne prends pas position sur la question des locaux mais je ferai quelques remarques sur la logique industrielle de ce projet telle que je l’ai comprise. Autant nous sommes pour le projet [technico-rédactionnel] 4XML, autant nous émettons des réserves importantes sur cette logique qui veut placer le multimédia totalement en amont de la production, logique dans laquelle le projet dont nous parlons s’inscrit.
…/… Nous sommes contents de ne pas déménager [loin du centre de Paris, menace brandie par Pierre Louette à l’époque], mais je suis tout de même surpris de voir que le cœur de la rédaction devrait être installé dans un bâtiment à côté du siège. Je m’interroge, et je ne suis pas convaincu de la nécessité absolue de tout bouleverser dans un big-bang, qui me parait présenter un haut risque. »
Un regret, par la suite : de ne pas avoir eu la présence d’esprit de proposer une suspension de séance juste avant le vote sur la signature de ce bail. J’aurais peut-être pu convaincre les autres élus, ou du moins une majorité d’entre eux, de la dangerosité de cette décision.
Lors d’une séance extraordinaire le 30 juin 2009, les élus du CE ont pu visiter les locaux loués rue Vivienne. Voici mes commentaires lors du débat qui a suivi cette visite :
« … Vous nous avez vendu cela comme l’assemblage de deux énormes plateaux…/… mais en réalité c’est tout de même plusieurs espaces très distincts. En outre, il n’y a pas de passages ouverts entre le rez-de-chaussée et le premier étage…/… cela signifie qu’il n’y aura pas un grand centre névralgique, mais deux.
…/…vous proposez également de couper en deux entités distinctes une rédaction française qui, hormis des miettes ici ou là, est actuellement unifiée… Je ne vois pas la moindre unicité. Surtout, on est vraiment dans un autre lieu, on n’est pas place de la Bourse.
…/…Ce projet, selon moi, fait partie intégrante du projet de casse du Statut, dont il est question en ce moment. Il est basé sur l’idée, exposée explicitement dans le document de Pierre Louette, que le multimédia doit être situé en amont de tout le processus de production de l’AFP. J’ai de très fortes réserves, que j’ai déjà exprimées, sur cette idée.
…/… Je considère que dans l’information de presse et le journalisme en général, le texte reste le mode d’expression prioritaire. Il ne s’agit pas de dénigrer les autres métiers, mais dans la matière première que nous traitons, l’information, dont ont besoin les citoyens, on trouvera toujours du texte, alors qu’on n’y trouvera pas nécessairement une image ou une vidéo. On ne peut rien faire sans texte. »
Suite à la démission de Pierre Louette et l’élection d’Emmanuel Hoog – jusque là PDG de l’Institut National de l’Audiovisuel – on a assez vite compris que ce dernier avait l’intention de procéder coûte que coûte au déménagement voulu par son prédécesseur.
Lors du CE du 17 juin 2010, j’ai fait la déclaration suivante :
« C’est paradoxal. Vous êtes arrivé en disant que vous aviez besoin de vous imbiber de la culture de l’Entreprise et de sa situation très complexe, qui est assez différente de celle que vous dirigiez avant, car elle n’est pas qu’une institution de stock de données et d’informations, mais une entreprise de flux, une entreprise médiatique, qui joue un rôle très important dans l’actualité et dans la présentation aux Français et au monde de l’information de presse. Elle travaille 24 heures sur 24, joue un rôle très sensible, et je pense que la comparaison avec le déménagement de l’INA n’est pas nécessairement pertinente. Vous avez dit que vous vouliez passer quelques mois à comprendre la situation pour vous orienter, mais après à peine un mois, vous endossez l’une des décisions les plus controversées et dangereuses de votre prédécesseur. Je pense que c’est une erreur, nous sommes nombreux ici à le penser, et nous savons que le personnel est nombreux à le penser. »
Quelques mois plus tard, j’ai posé à Emmanuel Hoog la question suivante concernant le déménagement :
« Pouvez-vous nous dire que, au cas où il apparaît clairement que ça ne marche pas, on pourrait imaginer un changement de scénario qui nous permette de réunir à nouveau les services de production journalistiques de Paris dans cet immeuble [place de la Bourse] ? À quel moment tout cela sera-t-il inscrit dans le marbre ? Est-ce que vous envisagez, si l’on s’aperçoit que la Direction s’est trompée, qu’on puisse changer notre fusil d’épaule ? »
Réponse du PDG : «Ce n’est pas une hypothèse que je retiens aujourd’hui».
Presque un an après cette décision «à la hussarde», la question de la légitimité de ce déménagement est toujours d’actualité. D’autant que l’installation dans l’immeuble du siège rénové de nombreux autres services – dont le Comité d’entreprise – pose aussi des problèmes quasiment insolubles.

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