CE AFP – bilan 2009-11 : Stratégie : un jeu lancé sur Facebook

Dans son plan, le PDG proposait le lancement de toute une série de nouvelles activités pour l’AFP ; il est également passé aux actes en créant, aux Etats-Unis, une filiale qui a développé et géré un «quiz» en anglais sur Facebook. (Pour en savoir plus, lire le tract SNJ-CGT consacré à cette affaire).
Le CE du 20 mai 2009 : «un foisonnement de projets en dehors du champ de l’Agence»
DS : « Je reviens à mon propos, pour déplorer un foisonnement de projets en dehors du champ de l’Agence, et cela sans cohérence selon nous.
Ce qui m’a également beaucoup frappé, et ce avant même ce projet, c’est cette impression que vous donnez de ne pas croire au journalisme en tant que tel comme une activité économique digne et rentable. Cette idée d’adosser les activités de l’Agence… à toute une série d’activités plus ou moins farfelues, témoigne d’un manque de foi dans le journalisme. »
AFP_Facebook_palestiniensSi le contenu de certaines des questions posées dans le cadre du quiz «Deadline» posait des problèmes déontologiques graves (cf. la question ci-dessus, qui tend à assimiler les habitants de la bande de Gaza à des trafiquants de Viagra et de drogues dures), je n’ai jamais pensé que l’AFP devait forcément s’abstenir de créer ce genre de produit en tant que tel.
Par contre, la décision de le créer aux Etats-Unis – qui plus est par le biais d’une filiale incorporée dans le Delaware, un état connu pour l’extrême libéralisme de son régime fiscal – posait des problèmes de cohérence et de suivi. Encore plus problématique était la décision très coûteuse de faire développer à San-Francisco une application spécifique de quiz – employant une technologie peu employée par les informaticiens du siège parisien.
Ayant connu un échec cuisant, ce produit a été retiré discrètement du site Facebook en août 2009 après environ deux ans d’activité. Nul doute que la direction Louette aurait préféré que cette affaire reste inconnue, ce qui aurait certainement été le cas si nous n’avions pas insisté, dans le cadre du CE, sur notre droit à l’information.
C’est ainsi que lors du CE du 17 décembre 2009 la direction nous a communiqué un document qui nous apprenait que «sur les deux premières années de son existence, (23 mois, d’août 2007 à juin 2009), la perte d’exploitation totale de Newzwag [le nom de la filiale en question], entièrement financée par l’AFP aura été de 2.240 kUSD, soit un peu moins de 1,6 million d’euros.»
Ce qui a donné lieu un peu plus tard, lors du Comité d’entreprise du 18 février 2010, à l’échange suivant avec M. Louette et Jean-Pierre Vignolle, à l’époque directeur-général de l’AFP :
DS : « Je suis d’accord avec les efforts faits pour valoriser et faire payer nos productions sur Internet. Mais j’ai une idée pour réduire les charges. Nous avons 1,3 millions d’€ de déficit; quel dommage que nous ayons claqué 1,6 million d’€ sur 23 mois pour la filiale Newzwag, sans compter le salaire des 2 cadres » [détachés des effectifs «siège» de l’AFP pour superviser la filiale].
Jean–Pierre VIGNOLLE : « Ce que vous êtes en train de dire est très énervant. …/… Vous ne pouvez pas critiquer une Direction quand elle tente des voies de développement. Lorsque l’on tente une voie de développement, on échoue 1, 2 ou 3 fois sur 10, c’est la règle du jeu. »
…/…
Pierre LOUETTE : « Je souhaite, M. Sharp, que l’on n’emploie pas des mots comme « claquer ». Nous n’allons pas nous demander les uns aux autres pourquoi nous « claquons » de l’argent. Cela serait vite gênant. »
DS : « Je vais éviter de répéter ce mot. Je souhaite parler d’autres possibilités de réduire les frais. Nous constatons une production intense de documents, d’études et de brochures par des consultants extérieurs…./… Il y a une démarche de marketing, y compris en direction du personnel : nous avons récemment découvert des écrans ici et là dans l’immeuble, accompagnés de brochures en papier glacé, qui sont destinées aux salariés. »
En effet, la Direction Louette, comme celle d’Emmanuel Hoog qui l’a suivi, adoptait une approche résolument «marketing», y compris pour sa communication avec les salariés.
A cette époque on a même vu fleurir dans nos locaux un slogan particulièrement creux – et pas très original : «C’est déjà demain» !

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