Le Statut de l’Agence France-Presse : le PDG Emmanuel Hoog défend son projet de casse

Malgré une grève de 24 heures et une motion de défiance votée massivement et par le personnel en Assemblée Générale le 26 mai dernier, le tout nouveau projet de réforme du Statut cinquantenaire de l’Agence France-Presse reste trop peu connu du grand public !

A écouter son principal concepteur, le PDG Emmanuel Hoog, la proposition de loi déposée le 17 mai par le Sénateur Jacques Legendre ne serait qu’une simple mise à jour, portant à la fois sur la « gouvernance » et les relations avec l’Etat, en passant par des « missions d’intérêt général » qui seraient nécessaires pour éviter les foudres de la Commission de Bruxelles.

C’est en effet l’impression trompeuse donnée par la dépêche AFP publié à l’occasion de la grève du 26 mai – dépêche qui était critiquée à juste titre par la CGT de l’agence.

Mais à écouter bon nombre de de mes collègues syndicalistes, il s’agit de toute autre chose : une menace gravissime contre l’indépendance et l’autonomie d’une des trois grandes agences de presse mondiales – la seule à être domiciliée ailleurs que dans un pays anglophone.

Pour vous faire une opinion, jetez un coup d’oeil sur les principaux communiqués syndicaux – accessibles sur le site « SOS-AFP » dont j’ai l’honneur de m’occuper – puis sur le remarquable argumentaire écrit par Samir Douaihy, un journaliste AFP qui a analysé la proposition de loi en profondeur.

Et prenez connaissance d’un autre argumentaire : celui ci-dessous fourni par Emmanuel Hoog au personnel de l’agence. Si je publie ce document sur mon blog, c’est avant tout parce que l’avenir de l’AFP concerne tout le monde, car elle produit et diffuse l’une des denrées les plus précieuses mais également les plus sujettes à la manipulation et la corruption : l’information.

Alors que le débat commence - j’ai déjà livré un certain nombre de critiques des arguments avancés par M. Hoog : vous les trouverez sur mon blog « Mediapart »

Emmanuel Hoog : son communiqué du 19 mai…

« PARIS, 19/05/2011 – 1006 – Jacques Legendre, Président de la Commission des Affaires culturelles du Sénat, a déposé une proposition de loi visant à réformer le statut de l’AFP. »

« Cette proposition réaffirme l’indépendance de l’Agence et garantit l’originalité de son statut, tout en modifiant celui-ci qui, au cours des ans, a montré combien il mérite d’évoluer. »

« La récente Question Préalable de Constitutionnalité, qui a considéré comme inconstitutionnelle le mode d’élection des représentants des personnels au conseil d’administration, en est un témoignage particulièrement éclairant. D’ailleurs, dans le commentaire de sa décision, le Conseil Constitutionnel écrit lui-même que d’autres dispositions du texte pouvaient faire l’objet d’un débat constitutionnel. »

« La nouveau statut s’il est adopté :

  • ancre une nouvelle fois dans la loi les articles 1 et 2 ;
  • renforce la vocation internationale de l’agence tout en soulignant sa spécificité francophone ;
  • reconnaît l’AFP comme porteur de mission générale ce qui permet de garantir son financement public et de le pérenniser ;
  • réorganise la gouvernance, en diminuant le conflit d’intérêts qui place les clients dans une position dominante au sein du conseil d’administration ;
  • lutte contre l’excès de changement de direction en assurant un mandat de 5 ans renouvelable au PDG ;
  • simplifie les procédures financières et budgétaires en les plaçant dans le droit commun ;
  • instaure un véritable contrat d’objectifs et de moyens. »

« L’AFP mérite un débat parlementaire le plus tôt possible. Le gouvernement et le parlement ont la responsabilité d’en fixer la date. »

« Cette proposition de loi doit être l’occasion de porter en avant les forces et les réussites de l’agence, et de mobiliser la représentation nationale autour de ses ambitions légitimes, dans un monde médiatique qui a besoin, plus que jamais, de grandes signatures, de référence, d’une grande agence. »

Emmanuel Hoog, le 19 mai 2011

… et celui du 1er juin :

« Chères collaboratrices, chers collaborateurs,

« Après avoir appris le dépôt, par le sénateur Legendre, d’une proposition de loi relative à la gouvernance de l’Agence France-Presse, je vous ai adressé, le 19 mai dernier, un communiqué qui résumait ma vision de ce texte et qui est joint au présent courrier. Depuis cette date, un rapporteur, M. Jean-Pierre Leleux, a été désigné pour instruire cette proposition de loi. De mon côté, j’ai répondu aux interrogations des cadres de l’Agence lors du comité de coordination et d’information du 30 mai, ainsi qu’à celles des organisations syndicales et de la société des journalistes le 1er juin.

« Il m’a semblé important de porter directement à votre connaissance les principales questions qui ont été soulevées par mes interlocuteurs et d’y apporter quelques éléments de réponse.

« Tout d’abord, je me réjouis que les incertitudes aient été levées et qu’un texte, annoncé depuis plusieurs mois, ait été déposé. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises, le statu quo est impossible : nous devons répondre à une plainte contre l’Agence à Bruxelles et la situation actuelle n’est plus tenable, qui consiste à affirmer – contre toute évidence – que la centaine de millions d’euros versée chaque année par l’Etat relève d’une relation strictement commerciale. Je crois très largement préférable d’agir de manière préventive – en inscrivant dans la loi la possibilité pour l’Etat de financer des missions d’intérêt général en plus de l’abonnement qu’il souscrit en tant que client de l’Agence – , plutôt que curative après avoir été condamné pour aide d’Etat par la Commission européenne, avec toutes les conséquences financières désastreuses qu’une telle condamnation pourrait avoir pour l’Agence. La proposition de loi contient d’autres avancées intéressantes. Par exemple, qui pourrait être hostile à l’ajout de la défense du français dans les obligations fondamentales assignées à l’Agence par le législateur ? De même, faut-il rejeter l’allongement de la durée du mandat du PDG ? Faut-il rappeler qu’en 25 ans, AP et Reuters ont eu deux présidents alors que l’AFP en a connu huit, dont trois démissionnaires ?

« Ce texte doit cependant être remis à sa juste place. Il s’agit d’une proposition de loi « relative à la gouvernance de l’Agence« , pas d’un nouveau statut. Je me dois de tordre le cou dès ce stade à cette idée, qui a pu être exprimée et qui fonde le parallèle entre la période que nous vivons et celle qui précéda l’adoption du statut de 1957. Nous vivrions un changement de statut si la proposition de loi procédait à un changement de la forme juridique de l’Agence et à sa transformation en société anonyme, ou encore à une révision radicale de ses « obligations fondamentales ». Aujourd’hui, rien de tel. J’ajoute, pour ceux qui persistent dans le parallèle historique, qu’on pourrait citer Paul-Louis Bret, directeur général de l’Agence au moment de la discussion du statut de 1957, et tous ceux qui, à cette époque, avaient bien vu toute l’ambigüité du financement public, allant même jusqu’à parler de « camouflage » du financement public de missions d’intérêt général sous les habits d’un abonnement de nature commerciale aux services de l’Agence. Si une telle situation était vivable en 1957, elle ne l’est plus aujourd’hui avec une Commission européenne dans laquelle la direction générale de la concurrence a pris une importance cardinale et qui veille au grain pour s’assurer que toute intervention publique est conforme aux règles du traité de l’Union européenne en matière d’aides d’Etat. On peut le regretter mais c’est ainsi.

« Y avait-il urgence pour le Parlement à se saisir du sujet ? Je le redis : la Commission européenne est en train de regarder dans le détail nos modalités de financement, sous la pression d’un de nos concurrents allemands très actif et qui s’apprête d’ailleurs à venir nous concurrencer, en photo, sur le territoire français.  Le « camouflage » dont parlait Paul-Louis Bret n’est plus tenable et Bruxelles nous presse de clarifier la situation, et de faire la part de la relation purement commerciale entre l’Etat et l’Agence, et du financement des missions d’intérêt général. A défaut, nous risquons purement et simplement de nous voir interdite de toute forme de financement public par les autorités européennes de la concurrence.

« La première question à laquelle il me faut répondre, et qui est le seul sujet de fond soulevé, est celle de l’indépendance : oui ou non ce texte porte-t-il atteinte à l’indépendance de l’Agence ? Est-ce porter atteinte à l’indépendance que de réduire le poids de nos clients historiques au sein du conseil d’administration ? Est-ce porter atteinte à l’indépendance que donner plus de pouvoir aux représentants des salariés en les associant au choix des personnalités qualifiées au même titre que les représentants des médias ou de l’Etat ? Répondre par l’affirmative n’aurait aucun fondement juridique, technique ou politique. Bien au contraire, ce texte permet de combler les fragilités et de « réarmer » l’AFP pour les années futures : la presse n’est plus majoritaire et n’est donc plus à même de bloquer des décisions qui vont dans le sens du développement de l’Agence mais contrarient leurs intérêts de clients ; les représentants des salariés – désormais élus sans condition de nationalité – participent à la cooptation des personnalités qualifiées ; le conseil est ouvert à des personnalités de nationalité étrangère qui viendront apporter un autre regard. Où est la perte d’indépendance ?

« Revenons un instant sur la très belle formule de Jean Marin disant que  » l’AFP ne peut fonctionner que si celui qui paye ne commande pas« . Force est de constater que le déterminisme économique l’a emporté sur l’idéal et que nous sommes aujourd’hui dans la situation que ne voulait pas Jean Marin. Soit nous prenons acte pour l’avenir que ceux qui paient – nos clients – décident et alors en effet il ne faut rien changer. Soit nous voulons revenir à l’idéal de Jean Marin, et nous devons nous réjouir d’un texte qui vise justement à permettre à ceux qui ne paient pas – les personnalités indépendantes et les représentants des salariés – de décider.

« Je voudrais également insister sur la place nouvelle prise dans ce texte par les représentants des salariés au conseil d’administration de l’Agence. La proposition de loi prévoit une composition dynamique de celui-ci en deux étapes, avec un socle de neuf administrateurs (quatre représentants des médias, deux représentants des salariés et trois représentants de l’Etat) qui seront chargés de coopter six personnalités indépendantes. Au lieu de disposer de deux voix sur 16 de façon indifférenciée, soit 12,5%, les représentants du personnel font désormais partie du socle, dont ils représentent 22,2% : c’est presque un doublement de leur responsabilité. Désormais, la responsabilité des élus du personnel est RENFORCEE DE MANIERE SIGNIFICATIVE. En effet, ils participent à la désignation des six personnalités indépendantes, parmi lesquelles figure le futur PDG.

« A cet égard, une question revient souvent : qu’est-ce qui garantit que les six personnalités indépendantes le seront véritablement ? Les personnels et les représentants des médias disposent d’une majorité absolue pour la nomination de ces personnalités. Si cela n’est pas considéré comme une garantie, cela signifie que, soit les représentants de la presse, soit les représentants du personnel pourraient être considérés comme « dépendants » : qui oserait l’affirmer ? Et si quelqu’un osait, que dire alors de la situation actuelle dans laquelle les représentants de la presse sont majoritaires ? Par ailleurs, quelle est la capacité de contrôle du conseil d’administration sur la production de l’Agence ? La question relève du procès d’intention, à mille lieux de tout ce que je peux constater du fonctionnement quotidien de l’Agence et de son histoire. L’indépendance de l’AFP appartient fondamentalement à la force et à la vivacité de sa rédaction et de sa direction. Par ailleurs, tant que je serai à la présidence de l’AFP, jamais je n’accepterai, par un conseil d’administration ou par quelque autorité que ce soit, que la liberté de la rédaction soit discutée, menacée, contrôlée ou amendée.  Au-delà de moi-même, chacun le sait, toute autre attitude serait intenable, préjudiciable et condamnée, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Agence.

« La deuxième interrogation renvoie au spectre de  la « boîte de Pandore » qui serait ouverte par l’examen d’un texte concernant l’AFP par le Parlement. Ce risque doit être évacué et me paraît relever largement du fantasme. Le texte est déposé par un sénateur de la majorité, par ailleurs président de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, ce qui signifie que les dispositions de cette proposition de loi ont été rédigées en lien étroit avec le Gouvernement et avec les représentants de la majorité dans les deux assemblées. Il s’appuie très largement sur des auditions ouvertes que j’ai pu faire devant les commissions des affaires culturelles des deux assemblées, au cours desquelles de très nombreuses voix, issues des rangs de la majorité et de l’opposition, ont salué la sagesse et la mesure de nos positions. Le risque d’une évolution significative du texte dans un sens contraire aux intérêts supérieurs de l’Agence me semble donc très faible, pour ne pas dire nul. En revanche, il paraît légitime que des amendements voient le jour pour clarifier, préciser, tel ou tel point du dispositif, c’est l’enjeu même du débat parlementaire.

« Je répondrai ensuite aux autres interrogations qui se sont légitimement exprimées :

  • Est-ce une tentative de modifier « à la hussarde » le statut de 1957, sans concertation ? Ceux qui le prétendent oublient que ces débats sont sur la table depuis bien longtemps (projet de mon prédécesseur, rapport Pigeat, etc.). J’ai dès mon arrivée défendu l’idée que le statut de l’Agence avait besoin d’être adapté à son temps, en particulier pour ce qui concerne la composition du conseil d’administration de l’Agence et la durée des mandats. J’ai eu maintes occasions de m’exprimer sur le sujet, que ce soit devant le comité d’entreprise, le CCI, les commissions compétentes de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Je vous invite à vous reporter aux procès-verbaux de mes auditions, qui sont des documents publics ; mon discours n’a pas varié.
  • Y a-t-il un risque de voir le financement public de l’AFP se réduire ? C’est tout le contraire car, aujourd’hui, toute idée de « saut » qualitatif ou quantitatif de l’Agence est impossible : la fiction d’une relation purement commerciale avec l’Etat conduit celui-ci à reconduire d’une année sur l’autre le montant de son financement, sans qu’il soit possible de le mobiliser pour aider l’Agence à franchir un palier de son développement. De son côté, le texte en discussion permet de sécuriser le financement public vis-à-vis de Bruxelles et d’autoriser le financement de nos projets de développement dans le cadre du contrat d’objectifs et de moyens. Si nous savons convaincre l’Etat de la pertinence de nos projets de développement, nous obtiendrons de lui une avancée budgétaire qui aurait été injustifiable dans une logique purement « commerciale « . Je dis du nouveau mécanisme qu’il autorise des avancées, à nous de faire de celles-ci un engagement durable de la part de l’Etat. Aujourd’hui, ce que je sais, c’est que la situation juridique l’interdit. Autorisation législative française contre interdiction administrative bruxelloise : le choix est simple.
  • La proposition de loi conduit-elle à « plafonner » la subvention versée en compensation des missions d’intérêt général ? La phrase qui figure dans le texte (« les ressources publiques allouées à l’Agence France-Presse en compensation des missions d’intérêt général mises à sa charge n’excèdent pas le montant du coût net d’exécution desdites obligations« ) est une formule technique utilisée par l’ensemble des spécialistes de ce sujet, qui n’est que la transposition en droit français des exigences du droit communautaire. Elle signifie simplement que l’argent public relève, soit de la compensation d’une mission d’intérêt général, soit de la relation commerciale, mais qu’il ne peut pas relever d’une troisième catégorie. Mais je peux comprendre les interrogations qui peuvent naître de cette phrase ; dans les prochaines semaines, conformément à l’esprit et à la lettre de ce message, la phase de dialogue et de débat que j’appelle de mes vœux permettra d’y répondre.
  • Ce texte nous enferme-t-il dans le « carcan » des contrats d’objectifs et de moyens ? Je rappelle tout d’abord que nous disposons déjà d’un contrat d’objectifs et de moyens. Mais ce contrat n’est pas satisfaisant dans son ambition car il n’est explicite, ni sur les objectifs, ni sur les moyens. J’ai une longue expérience, tirée de mon passage à la tête de l’INA, des négociations avec les services de l’Etat pour la conclusion de ces contrats. Et je sais qu’il peut en sortir le meilleur si nous inscrivons nos demandes dans le cadre d’une stratégie d’entreprise claire et cohérente. Elle est aujourd’hui à l’œuvre. Les chantiers ouverts, la présentation stratégique faite au comité d’entreprise du 16 décembre 2010, sont autant d’éléments qui donnent à notre entreprise de vraies perspectives. Aujourd’hui, la langue arabe, le développement de la vidéo, les plans Inde et Brésil sont autant de sujets qui, pour être ambitieux, ne donnent lieu à aucune discussion sérieuse avec l’Etat, nous contraignant à un développement à pas comptés.
  • L’exposé des motifs de la proposition de loi conduira-t-il à nous interdire toute activité dite « B2C » en direction du consommateur final ? Un exposé des motifs n’est pas la loi. Le texte de loi lui-même n’interdit pas à l’Agence de développer un service B2C et ne peut pas l’interdire car cela serait enfreindre plusieurs principes de nature constitutionnelle – tels que la liberté d’entreprendre ou le principe d’égalité – ; j’ajoute que cela reviendrait à interdire à l’AFP ce que fait Reuters sur son site Internet en français, et donc à nous mettre dans une situation d’inéquité concurrentielle qui ne serait pas acceptable et qui ne serait pas compréhensible : comment imaginer, à l’heure où la proposition de loi consacre notre contribution au rayonnement de la langue et de la culture françaises dans le monde, que l’AFP soit la seule agence à ne pas être présente en B2C dans sa propre langue ? Enfin, notre stratégie de présence sur Internet dépasse largement la seule question du B2C : toutes les options sont ouvertes ; vous savez que nous travaillons à des applications pour téléphones mobiles et tablettes, qui seront commercialisées prochainement en anglais.
  • La suppression de la Commission financière est-elle la porte ouverte à toutes les dérives budgétaires ? La Commission financière a eu son utilité, sans nul doute ; néanmoins, son avis sur les budgets de l’Agence intervenait systématiquement plusieurs mois après le début de l’année civile, relativisant beaucoup la portée de son intervention même lorsqu’il lui arrivait de refuser le budget. Par ailleurs, soyons clair : la commission financière est un faux nez de la Cour des comptes, dont sont issus son Président et tous ses membres. Soyons simples ! J’ajoute que l’Agence est, depuis sa création, placée sous la surveillance de la Cour des comptes comme tous les organismes qui reçoivent des concours publics ou même des fonds issus de la générosité publique. La proposition de loi rappelle simplement et clairement l’état du droit.

« En termes de calendrier, selon les informations dont nous disposons, le texte pourrait être examiné courant juin par la commission de la culture du Sénat ; l’examen en séance plénière pourrait avoir lieu fin juin ou début octobre, avant discussion du texte à l’Assemblée nationale. Le plus probable est qu’il y ait ensuite une seconde lecture par chacune des deux chambres du Parlement. Le Sénat et l’Assemblée nationale procèderont pendant cette période à des auditions au cours desquelles tous les points de vue pourront s’exprimer. Nous sommes donc au début d’un processus au cours duquel nous pourrons continuer de débattre.

« J’ai d’ailleurs décidé de poursuivre le débat avec chacune et chacun d’entre vous en créant une adresse électronique à laquelle vous pourrez envoyer toutes vos questions et par laquelle transiteront nos réponses. L’ensemble de ces questions et des réponses apportées sera ensuite mis en ligne sur asap [l'intranet de l'AFP], en laissant à chacune et chacun d’entre vous le choix de rester anonyme ou de voir son identité figurer à côté de la question. Toutes les questions recevront une réponse, je m’y engage. Les organisations syndicales sont également invitées à envoyer leurs questions à cette adresse ; elles disposent aussi de leurs propres espaces pour exprimer leurs positions et animer leur propre débat.

« Le dialogue et l’explication doivent se poursuivre, ainsi que l’émergence éventuelle de propositions nouvelles qui puissent être transmises au législateur. Toutes les expressions peuvent être légitimement entendues et pourront utilement nourrir le débat parlementaire et, au-delà, l’élaboration du contrat d’objectifs et de moyens. Elles feront ainsi sentir, au-delà de nos murs à tous ceux qui veulent bien nous entendre et être attentifs à nos métiers et aux valeurs que nous portons, combien l’avenir de l’AFP nous est cher au regard de nos missions et de la vision du monde que nous emportons avec nous chaque jour. Je suis, avec la direction de l’Agence, à la disposition de chacune et chacun d’entre vous pour continuer le débat, apaiser les craintes et dissiper les incertitudes.

« Très chaleureusement et très cordialement, Emmanuel HOOG »

Tous les commentaires sont les bienvenus ; certains des miens se trouvent sur un autre blog.

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2 réponses à Le Statut de l’Agence France-Presse : le PDG Emmanuel Hoog défend son projet de casse

  1. Cadiot dit :

    Henri Pigeat, Eric Giuily, Bretrand Eveno, Pierre Louette. Quatre PDG, au départ totalement extérieurs à l’AFP -sauf M. Louette, venu comme numéro deux, comme énarque- ont dû quitter l’AFP parce qu’ils ont voulu priver l’AFP de son statut. Soit ils ont voulu la privatiser, soit la transformer en société par actions, publiques ou privées, soit en dénaturer l’esprit. A chaque fois, le personnel, ses organisations syndicales, soutenus par des journalistes ou des personnalités politiques, ou même des figures morales ou de simples citoyens ont gagné. Le président partait et un nouveau président était élu, s’engageant à ne pas changer le statut….pour reproposer une réforme quelques mois après.
    Pourquoi? L’argument officiel est toujours fallacieux. Le statut, initié au sein du Comité général d’études institué par Jean Moulin en avril 1943, poursuivi après la création de l’AFP en septembre 1944, a été finalisé en janvier 1957 après approbation massive par référendum du personnel, et vote unanime du Parlement. C’est un statut sui generis, hybride certes, puisque l’AFP est « ni privée ni publique », que ce n’est pas une coopérative pure. Et alors? L’information n’est pas une marchandise banale, elle ne peut être régie par des lois banales. L’AFP est en elle-même une mission d’intérêt général (et non une addition de « missions d’intérêt général » d’où le gouvernement picorerait celles qui lui plaisent et voudra bien les payer comme le prévoit la proposition Legendre), voilà pour le caractère public. L’AFP est dans le circuit commercial, est soumise aux règles des entreprises commerciales, même s’il ne dispose pas de capital. Voilà pour son côté « privé ». Dans son Conseil d’administration, la presse est majoritaire, et les grandes orientations se discutent avec ses représentants. D’où son caractère « coopératif ».
    Mais l’Etat -qui paie ses abonnements environ 110 millions par mois, soit ce qu’il paie pour l’opéra, et celà ne représente en rien une subvention déguisée, sauf à méconnaître l’usage que font les services gouvernementaux de l’AFP- est présent comme « usager ». Dans l’AFP conçue par M. Legendre, l’Etat serait là comme tuteur puisque ses représentants -quatre en fait-n’y seraient plus comme clients, mais ès qualité. A ce contrôle politique s’ajouterait l’invraisemblable présence de « personnalités indépendantes » cooptées, des personnes, peut-être liées au pouvoir, ne connaissant pas forcément l’AFP. Et là réside le danger comme nous l’avons vu avec différents rapports pays à prix d’or par la direction et déblatérant une somme de non-sens et d’inexactitudes invraisemblables, nous poussant toujours à faire du « people » ou à nous détourner de notre coeur de métier, qu’ils ne comprennent pas.
    Pourtant, chacun admet que le statut de 1957 n’a jamais empêché, et a même facilité le développement de l’AFP. Alors pourquoi changer? Comme pour une guerre, les justifications et les prétextes varient facilement. Il y a six mois, c’était la nécessité de diminuer la présence de la presse qui interdit le « b2c », la vente directe de services, ce qui soit dit en passant se fait déjà sous différentes formes. La presse serait largement écartée, si par malheur la proposition Legendre est adoptée, mais le « b2c », lui serait aussi écartée…Etrange. L’autre argument, c’est que l’AFP doit se protéger des foudres de Bruxelles, l’Etat payant une « subvention » déloyale..Et un concurrent la DPA allemande nous menaçant. Nous l’avons vu, ce n’est nullement le cas. Et quand il le veut, nous l’avons vu dans l’affaire des immigrés tunisiens et la reprise des contrôles aux frontières malgré les accords de Schengen, le gouvernement du pays où est née l’idée européenne, qui est le plus influent, avec l’Allemagne, au sein de l’UE, sait défendre les causes en lesquelles il croit. Pour l’AFP, le dossier est facile à plaider. Mais le gouvernement veut-il d’une AFP forte, restant la troisième agence mondiale en chiffres d’affaires, la première pour son implantation? Ou bien veut-il une « machine d’information » formatée pour répondre à ses souhaits politiques? Pour l’aider dans la campagne présidentielle par exemple. Parce que l’AFP est un trésor, le gouvernement le sait, en cette période de vagabondage de l’information sérieuse et fiable. Déjà, en supprimant la Commission financière et en imposant dans le nouveau statut un « Contrat d’objectifs et de moyens », rassemblant ses exigences; notamment sociales (réduction de la masse salariale), le gouvernement renforce son contrôle financier.
    Au contrôle politique et financier du gouvernement, à la mise en place d’une AFP décortiquée en missions qui soient d’intérêt général (en quoi?) et d’autres qui ne le seraient pas (en quoi), il existe l’alternative: le maintien du « statut de la liberté », garant de l’indépendance et du développement de l’AFP. Un statut forcément modifiable. Mais avec l’approbation massive, si possible unanime du personnel et de la représentation nationale. C’est l’enjeu des semaines à venir. Les jours sont comptés.

    Jean-Michel Cadiot

    • David Sharp dit :

      Petit rectificatif : l’agence allemande qui a porté plainte contre l’AFP n’est pas la DPA mais la DAPD : l’héritière de l’ancienne agence de l’Allemagne de l’est. A ce sujet, lire le billet de blog du photographe Michel Puech. Par ailleurs, l’Etat paie actuellement quelques 110 millions d’euros par an (et non pas par mois) à l’AFP, dans le cadre des abonnements régis par le contrat d’objectifs et de moyens. DS